vendredi 2 mars 2007

2 ans d’efforts sans précédents ! ... et puis ... RIEN!

Suite à la Tribune de Mr le Professeur Lucien Israël dans le Figaro du 01/03/07, Mr le Ministre, Gilles de Robien, a répondu dans le Figaro du 02/03/07.

Vous trouverez ci-dessous ma lettre ouverte à Mr le Ministre, et les deux articles parus postés en fin de lettre.

Monsieur le Ministre,

L’article du Professeur Israël, qui se voulait informatif et scientifique, objectif atteint, ne méritait en rien une réponse sous forme de ‘droit de réponse’ pour lancer une polémique.

Si je mets volontiers à votre crédit la remise en cause de la méthode globale, au moins dans votre discours public.

Par contre quand je lis dans le même article : « … : travail systématique au début du cours préparatoire sur les sons et les lettres qui les transcrivent, travail sur la syllabe, décomposition des mots. » ; je prends peur ! Cela ressemble fort à des principes de méthode globale !

Et si je les rapproche des références (FigMag du 17/02) de Mr Philippe Meirieu : « … les enquêtes du ministère ont montré que seulement 6% des enfants en fin de sixième ont des problèmes pour associer lettres et syllabes à des sons », je me dis, qu’au total, la similitude de vos propos avec ce « Pape » qui a fait tant de dégâts nous laissent à penser que vous êtes toujours sous influence et que vos engagements ressemblent forts à de la poudre aux yeux !

En fait, comme tous vos prédécesseurs, vous n’avez rien fait !

Vous n’avez rien fait pour briser le microcosme militant, à la recherche de leurs dogmes perdus et voulant nous entraîner dans leur spirale de l’échec, lequel microcosme détient tous les pouvoirs et décide, entre autres, des affectations, des rémunérations, des programmes et des budgets !

Vous n’avez rien fait pour briser un amalgame d’un autre monde entre le corps enseignant, seul apte à discuter de l’Education Nationale dans ses fondements et ses objectifs, avec une population (les forces administratives et d’entretien des locaux) fort méritante, certes, mais qui n’a pas sa place dans le débat ! Cet amalgame dénature la représentativité des syndicats.

Vous n’avez rien fait pour réformer les manuels scolaires inaccessibles à tout un chacun !

Par contre, maintenant que la polémique est lancée … SVP Mesdames, Messieurs les Candidats, allons au fond des choses ! L’Education est stratégique pour l’avenir de notre pays.

Et que Le Figaro, que je respecte grandement, ne serait-ce que pour la place consacrée aux différents débats, continue son effort et rende le débat permanent dans ses colonnes, au lieu d’occulter deux jours de suite, sur le web, ces prises de position qui me semblent pertinentes d’une part et nécessitant débat en cette période électorale.

Discutons en ! Et allons jusqu’aux décrets d’application !

Respectueusement vôtre,

Eric M.



Article de Mr L. Israël
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Le Figaro du 01/03/2007
Par Lucien Israël
Professeur Emérite de Cancérologie.


Les difficultés que rencontre l'institution scolaire et, plus généralement, l’évolution, des comportements des jeunes ont fait couler beaucoup d'encre ces dernières années. Etonnamment, en dépit de l’importance des enjeux, ce sujet n'a pas vraiment été abordé jusqu’à maintenant par les candidats à l'élection présidentielle. L'ampleur de la tâche en effraie sans doute plus d'un.

Pour l'aborder, voyons sereinement les faits, les conséquences et les causes.

Je commencerai par le constat suivant: en décembre 2001,l'OCDE a mené une étude dans trente-deux pays sur la capacité de lecture et de compréhension à l'entrée en 6e. Pour la compréhension de l'écrit, la France était au 14e rang. Et ce n'était guère plus brillant dans les domaines techniques et scientifiques, domaines dans lesquels les pays anglo-saxons nous devancent largement.

Un niveau médiocre ou faible en lecture, écriture, grammaire, etc., compromet l'avenir des jeunes et de la société : il existe quelques dizaines de milliers de mots dans une langue qui servent à comprendre, à s'exprimer et à s'imprégner d'une culture. La richesse du vocabulaire et l'usage de la grammaire sont les principaux moyens d'acquérir le sentiment d'appartenance à un groupe culturel. Celui-ci est en effet basé sur son histoire mais aussi sur sa langue. Et cela concerne tous les enfants, et pas seulement les enfants d'immigrés.

Par ailleurs, nous ne cessons de nous parler à nous-mêmes. Un vocabulaire restreint, des significations imprécises, empêchent de se parler à soi-même, non seulement on ne lit pas, non seulement on ne communique pas correctement avec autrui, mais on ne communique pas non plus avec soi-même, donc on ne se connaît pas. Si on n'a pas de subjectivité soi-même, on n'a pas la notion de l'existence d'une subjectivité chez autrui. Par conséquent, en cas de désaccord avec autrui, on ne discute pas , on tape dessus!

La neurophysiologie est à cet égard très éclairante: elle permet de faire le lien entre les faits constatés plus hauts et leurs causes: le cerveau gauche est celui de l'analyse, en particulier de l'analyse des mots (cela est valable pour les droitiers et pour un certain nombre de gauchers. Pour les autres, c'est l'hémisphère droit qui remplit ce rôle. L'hémisphère gauche est celui de l'analyse des idées, de leur perception, de leur enregistrement, de leur comparaison à d'autres, de leur critique ; celui, aussi, de la mémorisation. L'hémisphère droit, au contraire, est celui de l'émotion - positive ou négative -, de la perception non analysable, du sentiment. Les enfants, par exemple, perçoivent par leur cerveau droit ce qu'ils regardent à la télévision. S'ils ont un cerveau gauche « en bon état », ils sont capables de comprendre et de critiquer ce que leur cerveau droit reçoit, car les deux hémisphères communiquent. Si au contraire le cerveau gauche a été « abandonné », ils sont entièrement livrés aux images qui leur sont montrées. d

Il se trouve qu'une révolution pédagogique a eu lieu à la fin des années 1970, qui concernait, l'ensemble des enseignements de l'école primaire. Si l'on prend le cas précis de la méthode d'apprentissage de la lecture et de l'écriture, on sait que la méthode utilisée aujourd'hui t est celle de la méthode globale (la semi-globale revenant exactement au même). La méthode syllabique fait appel au cerveau gauche puisqu'elle consiste à décortiquer les mots en syllabes et en lettres. La méthode globale, qui consiste à reconnaître la forme des mots, s'appuie au contraire sur l'hémisphère droit puisqu'elle est basée sur l'intuition.
Les méthodes d'apprentissage actuelles laissent en friche l'hémisphère gauche. Il ne reçoit que peu d'informations et de sollicitations. Le registre lexical est pauvre et, par conséquent, la compréhension du monde, de soi-même et des autres bien moindre. Je prendrai l'exemple concret des Esquimaux: leur langue comporte une soixantaine de mots différents pour évoquer la neige : ils perçoivent, par conséquent, une foule de nuances que nous-mêmes ne voyons pas. Des conséquences sont déjà visibles et ne peuvent que s'aggraver: la place est libre pour l'impulsif, la violence et la capacité d'être dominé par autrui ou de se donner à lui sans réfléchir. De même, des quantités de choses échapperont à tout jamais à ceux qui n'ont pas accès à la grammaire. Qu'attendent les candidats à l'élection présidentielle pour annoncer une véritable réhabilitation de l'enseignement primaire ?

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Article sous forme de droit de réponse de Mr le Ministre
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Le Figaro du 02/03/2007

Par Gilles de Robien
Ministre de l'Éducation nationale, de l'Enseignement, supérieur et de la Recherche.

Dans Le Figaro d'hier, Lucien Israël signe une tribune intitulée « A quand une vraie réhabilitation de l'enseignement primaire? » Lui et moi sommes en parfait accord: lire, écrire; compter, assimiler les règles essentielles du vivre ensemble, tous ces savoirs doivent être acquis le plus tôt possible à l'école primaire.

Les maîtres sont attachés à la transmission de ces savoirs, encore faut-il qu'ils reçoivent des consignes et des instructions claires. Encore faut-il que leur formation soit efficace. C'est à ces conditions que l'école de la République continuera à faire la fierté de notre pays.

J'en viens à ce que Lucien Israël passe sous silence, l'effort sans précédent qui a été accompli depuis deux ans pour refonder l'enseignement primaire.

La lecture d'abord: je rappelle que depuis mars 2006 les approches globales et assimilées de la lecture sont proscrites des programmes. Le professeur Israël cite les recherches récentes en neurophysiologie, et il a raison de le faire.
C'est précisément en m'appuyant sur ces résultats que j'ai pris les décisions qui s'imposaient depuis longtemps: travail systématique au début du cours préparatoire sur les sons et sur les lettres qui les transcrivent, travail sur la syllabe, décomposition des mots.

Lucien Israël souligne l'importante de la grammaire: il a encore raison! C'est pourquoi j'ai décidé des leçons progressives et systématiques de grammaire qui donnent toute leur place aux exercices. Je remercie d'ailleurs l'académicien Erik Orsenna de m'avoir éclairé dans cette entreprise de bon sens qui fait de l'apprentissage de la règle un corollaire de la liberté d'expression.

Quant au vocabulaire, je dis volontiers: « Fort bien! » Ce sera même l'objet du rapport que me remettra bientôt le linguiste Alain Bentolila.
Et, là aussi, l'objectif est d'acquérir progressivement du vocabulaire, avec quelques principes simples et efficaces: dès la grande section de maternelle, l'apprentissage d'un nouveau mot par jour, la définition de listes de mots que tous les élèves devront connaître, classe après classe, des plus simples aux plus complexes. Lucien Israël aurait pu encore évoquer le calcul dont je vais également renforcer la maîtrise à l'école par une pratique quotidienne du calcul mental, et par un apprentissage plus précoce et plus systématique des quatre opérations.

Oui, les savoirs fondamentaux, la lecture, la grammaire, le vocabulaire, le calcul sont, comme l'écrit le professeur Israël, « les principaux moyens d'acquérir un sentiment d'appartenance à un groupe culturel ».C'est la même idée que j'ai mise en pratique en présentant le socle commun de connaissances et de compétences : tout ce que les élèves doivent apprendre au cours de leur scolarité obligatoire.

J'ai dit en effet que ces savoirs fondamentaux constituent le « ciment de la nation », cette culture commune qui peut nous faire échapper aux dérives communautaristes, sectaires, à l'égoïsme et aussi, j'en suis convaincu, à la violence en rendant possible le dialogue et l'échange.
Donner à un enfant les moyens de dire ce qu'il éprouve, ce qu'il pense, c'est d'une certaine façon l'aider à s'élever spirituellement et à éviter la violence. En venir aux mots pour ne pas en venir aux mains: c'est pour l'Éducation nationale, plus que jamais, un impératif.

Ce souci minutieux de la transmission des savoirs fondamentaux est ancré dans une profonde réforme de la formation des maîtres, appliquée dès la prochaine rentrée. J'ai institué une véritable formation en alternance : l'université et le terrain. À tous les moments de leur cursus, les professeurs rencontreront des élèves: ils seront guidés par le souci de l'efficacité pédagogique et de la transmission des savoirs.

Non, d'évidence, l'enseignement primaire n'est pas oublié! Au contraire, il est l'objet de tous les soins du ministère de l'Éducation nationale.

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